La 25e édition du Mois du créole à Montréal se tiendra du 3 au 30 octobre 2026. Bien plus qu’une succession de spectacles, l’événement est devenu au fil des années un espace de valorisation des langues et cultures créoles, de transmission intergénérationnelle et de dialogue entre différentes communautés de Montréal.
Cette édition anniversaire s’ouvrira au Monument-National avec un concert réunissant notamment Jocelyne Béroard et Tony Chasseur. Mais pour comprendre la portée de ce 25e rendez-vous, il faut remonter à l’histoire d’un mouvement montréalais de promotion et de reconnaissance du créole.
Le Mois du créole à Montréal est organisé par le Comité international pour la promotion du créole et l’alphabétisation (KEPKAA), organisme constitué à Montréal en 1997. Sa mission touche notamment à la promotion de la langue et des cultures créoles, à l’éducation populaire et à la transmission de ce patrimoine.
Avant de consacrer tout un mois à cette célébration, l’organisme soulignait la Journée internationale du créole. Le KEPKAA rapporte avoir organisé une première célébration le 24 octobre 1998 au Centre Saint-Pierre de Montréal, avant de poursuivre ses activités au cours des années suivantes.
Le tournant intervient le 5 octobre 2002, lorsque le KEPKAA lance la première édition du Mois du créole à Montréal à l’Université de Montréal, en collaboration avec le Département de linguistique et de traduction. Le projet se développe alors comme un rendez-vous multidisciplinaire consacré aux différentes réalités créoles.
Cette initiative s’inscrit elle-même dans une histoire plus ancienne de mobilisation autour du créole à Montréal. Dès les années 1980, des acteurs de la communauté haïtienne participaient déjà à des initiatives visant à donner davantage de visibilité à la langue et à sa transmission.
Au fil des années, la célébration a dépassé le cadre d’une seule journée pour investir une grande partie du mois d’octobre.
L’une des particularités du Mois du créole est également de ne pas réduire le monde créole à Haïti. Sa programmation permet de faire dialoguer des expressions culturelles provenant notamment des Caraïbes et de l’océan Indien.
Musique, littérature, danse, cinéma, gastronomie, conférences et activités éducatives se sont ainsi côtoyés au fil des éditions.
Derrière les manifestations culturelles se trouve un enjeu plus profond : celui de la transmission.
Dans une ville comme Montréal, où plusieurs générations issues des diasporas créolophones se rencontrent, la pérennité du créole ne dépend pas uniquement de sa présence dans les fêtes et les spectacles. Elle dépend également de sa capacité à être parlé dans les familles, enseigné, écrit, lu et utilisé par les nouvelles générations.
Le KEPKAA inscrit précisément cette transmission dans sa mission et propose notamment des activités linguistiques et éducatives.
Cette dimension prend une importance particulière chez les enfants et jeunes adultes nés ou ayant grandi au Canada. Pour eux, le créole peut être à la fois la langue des parents ou des grands-parents, un lien avec une histoire familiale et une composante d’une identité qui se construit dans un environnement largement francophone et anglophone.
Le Mois du créole est progressivement devenu un espace où cette question linguistique rencontre la création artistique.
Les éditions précédentes ont ainsi accueilli concerts, projections, conférences, activités autour du gwoka, jazz créole, danse et rencontres littéraires. La Foire du livre Québec–Caraïbes–Océan Indien participe également à cette volonté de créer des ponts entre auteurs, éditeurs et publics de différents territoires.
Cette diversité explique en partie pourquoi l’événement a pu traverser plus de deux décennies. Il ne repose pas uniquement sur la nostalgie ou la conservation d’un patrimoine : il met aussi en circulation de nouvelles œuvres, de nouvelles voix et différentes manières de vivre les identités créoles au Québec.
En 2026, le Mois du créole atteint sa 25e édition, avec une programmation prévue du 3 au 30 octobre.
Le concert d’ouverture réunira notamment Jocelyne Béroard et Tony Chasseur à la Salle Ludger-Duvernay du Monument-National, avec Rebecca Jean, Jean-Christophe Germain, Harold Faustin et Samina parmi les artistes annoncés.
Ce choix illustre bien la vocation que l’événement s’est donnée au fil des années : réunir différentes générations et expressions du monde créole sur une même scène montréalaise.
Mais le véritable enjeu de cette 25e édition dépasse le concert d’ouverture.
Un quart de siècle après la création du Mois du créole à Montréal, la question reste la même : comment préserver une langue et un patrimoine tout en permettant aux nouvelles générations de se les approprier et de les transformer ?
Pour les communautés créolophones du Canada, le créole constitue à la fois une langue de communication, une mémoire familiale, un héritage culturel et un espace de création.
Vingt-cinq éditions après le rendez-vous lancé à l’Université de Montréal en 2002, le Mois du créole témoigne ainsi d’une présence créole qui ne cherche plus seulement à préserver son histoire, mais aussi à continuer de l’écrire à Montréal.